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Vendredi 2 avril 2021

Les études de santé rayonnent à Cobalt (7/7)

La formation des ergothérapeutes et des kinésithérapeutes prend son essor dans les anciens bâtiments de la caserne Pittié.
Si l’ancienne caserne Pittié connaît une résurrection spectaculaire sous son appellation Cobalt, elle le doit en partie à l’enseignement supérieur, qui multiplie les formations autour de la santé depuis quelques années. Des centaines d’étudiants s’y préparent désormais à devenir infirmiers, ergothérapeutes, kinésithérapeutes, médecins ou orthoptistes. Une offre qui devrait s’ouvrir à l’orthophonie et à la psychomotricité d’ici peu.

En moins de sept ans, le site Cobalt (ex-caserne Pittié) a vu naître puis croître un véritable campus qui compte de plus en plus dans le paysage universitaire neversois. Après l’Institut de formation en soins infirmiers (IFSI), transféré du quartier du Banlay en 2014, les formations aux métiers de la santé ont connu un nouvel essor sous l’impulsion de Jean-Clément Biard, fondateur du lycée privé (hors contrat) Epsylonn à Fourchambault dans les années 1990.

« Ma philosophie, c’est de lutter contre le handicap et de redonner de l’autonomie », explique l’homme qu’intéresse « tout ce qui est vulnérable dans la société ». Ergothérapie (IFEN) en 2018, kinésithérapie (IFMK) en 2020 : la peinture de ses instituts de formation a tout juste séché que Jean-Clément Biard lance déjà d’autres chantiers : « En vitesse de croisière, nous aurons 500 étudiants sur ce site. »

A la rentrée 2022, devrait ouvrir un cursus d’orthophonie à Dijon (30 places) et Nevers (20), en lien avec la faculté de médecine et Narcisse Zwetyenga, professeur d’université et chirurgien maxillo-facial au CHU de Dijon. Des formations de psychomotriciens et d’audioprothésistes sont aussi au programme de l’entrepreneur pressé, qui veut « faire avancer Nevers et en faire une ville comme Poitiers ou Orléans ». En participant à l’émergence d’un « vrai campus avec restaurant et bibliothèque universitaires, et des résidences étudiantes ».

Voisine de ses instituts, l’ancienne infirmerie de la caserne sera transformée par Nièvre Aménagement, propriétaire et concessionnaire de l’aménagement de l’ensemble du site, en une résidence de 33 logements qui sera revendue, après travaux, à Jean-Clément Biard. Le projet, évalué à 2,5 millions d’euros HT (une subvention de 700 000 € est demandée à l’Etat), devrait débuter en septembre prochain pour une ouverture à la rentrée 2022.

 

L’attrait du Pass

 

Le Parcours d’accès spécifique santé (Pass) de Nevers a accueilli 45 lycéens et 40 parents lors de ses portes ouvertes, fin janvier. Médecin généraliste, chirurgien, kinésithérapeute… plusieurs professionnels neversois sont venus partager leur expérience d’ancien carabin et surtout la passion de leur métier. Un métier un peu plus accessible grâce à l’ouverture de cette première année d’études de médecine à Nevers, en septembre 2020, sur le site Cobalt.

Après avoir bénéficié d’une présentation exhaustive du cursus et du contenu du Pass, les visiteurs ont pu s’entretenir avec plusieurs professionnels invités par le service Enseignement supérieur de Nevers Agglomération : Bérangère Laurent-Guéry, chirurgien viscéral et digestif ; Bénédicte Leterre, pneumologue ; Jacques Guéry, chirurgien orthopédiste ; Thierry Lemoine, médecin généraliste et président de l’Ordre des médecins de la Nièvre ; Franck Tabanelli, masseur-kinésithérapeute.

Pour Thierry Lemoine, engagé aux côtés des collectivités locales dans la lutte contre la désertification médicale qui frappe plus intensément la Nièvre, l’ouverture du Pass à Nevers peut « changer la donne » : « Le Pass dépend de la faculté de Dijon et non de Clermont-Ferrand, où vont les trois-quarts des Nivernais qui veulent faire médecine. Cela veut dire que les étudiants seront plus nombreux à faire leurs stages en Bourgogne, et donc dans la Nièvre. Or, on s’installe en priorité dans l’environnement que l’on connaît. »

La présence de la première année de médecine à Nevers est aussi une « chance », selon Thierry Lemoine, pour les jeunes Nivernais dont les statistiques font apparaître les difficultés à quitter le département pour les études supérieures : « Cette ouverture leur permet au moins d’essayer. Elle représente un ascenseur social formidable. »

Bérangère Laurent-Guéry acquiesce : « Cela peut permettre à des élèves qui n’ont pas la possibilité ou la volonté d’aller ailleurs d’accéder à ces études. Moi, quand j’avais leur âge, je trouvais ça bien de quitter le cocon familial et ma petite ville de province, mais à l’époque nous étions tous en cours en amphi. Ce n’est plus le cas maintenant, car les étudiants sont beaucoup plus nombreux. Alors s’il faut partir dans une grande ville pour suivre des cours en visio, autant rester sur place. »

 

Orthoptie : une convergence Paris-Nevers

 

Les orthoptistes sont à la vue ce que les orthophonistes sont à la voix – ou les orthodontistes à la dentition. Des « redresseurs de torts » devenus de plus en plus indispensables dans le paysage de la santé à mesure que la désertification médicale s’étend : « Dans certaines régions, on peut avoir jusqu’à deux ans d’attente pour un rendez-vous avec un ophtalmologiste. Alors on fait de plus en plus appel aux orthoptistes pour effectuer un dépistage de problème visuel, cela permet de réduire le temps d’attente », explique le professeur Dominique Bremond-Gignac, chef du service ophtalmologie de l’hôpital Necker (Paris) et directrice du département Orthoptie de l’Université de Paris.

C’est à ce dernier titre qu’elle était présente à Nevers, vendredi 5 février, pour officialiser l’implantation d’une formation de six étudiants orthoptistes au Campus connecté. Une arrivée rendue possible grâce à une conjonction de bonnes volontés : celle de la sénatrice Nadia Sollogoub, à l’origine des contacts avec Dominique Bremond-Gignac, celle des professionnels de santé neversois (Martine Bouillot-Goutorbe, ophtalmologiste et chef de service au Centre hospitalier de l’agglomération de Nevers ; Philippe Cordier, ophtalmologiste ; Pierre-Alexandre Delgutte, orthoptiste) qui accueillent les élèves cinq demi-journées par semaine, et celle du Campus connecté, qui met à disposition ses moyens humains et matériels.

« Sans le Campus connecté, nous aurions eu beaucoup de mal à mettre en place cet axe Paris-Nevers », assure la directrice de l’école d’orthoptie, qui a également noué des partenariats avec Limoges et Nice pour lutter contre le « déficit majeur de professionnels de la déficience visuelle » en favorisant l’essaimage de ses promotions à travers le pays : « Les gens qui se forment sur place restent sur place. On manque de professionnels partout, y compris en périphérie de Paris. »

La formation neversoise est créée à titre expérimental, pour trois ans – la durée des études d’orthoptie : « C’est le ministère de la Santé qui finance pour l’instant le coût de formation, qui est de 6 000 € par an et par étudiant. Nous allons demander à la Région Bourgogne-Franche-Comté de prendre le relais pour que cette formation soit pérennisée. »

 

Sébastien Chabard