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Fête foraine au Parc Roger-Salengro (2016) © Ville de Nevers

Fête foraine

Du 1er décembre au 13 janvier - Parc Salengro
(Re)découvrez la programmation du théâtre municipal pour le printemps 2019.

Billetterie - 2e partie de saison

Samedi 1 décembre à 12 h, www.theatrenevers.fr
Retrouvez le programme complet des animations festives à Nevers dans notre rubrique "Actualités".

Nevers en Fête

Du 1er au 31/12.
Dimanche 12 août 2018

Gilles Allier, héros de l'étoffe

Gilles Allier perpétue depuis vingt-cinq ans une certaine idée de la mode.
Son enseigne est aussi discrète que son art est reconnu. Rue de Nièvre, Elissa France est le royaume de Gilles Allier, créateur d'accessoires de mode au parcours hors pair, entre sur-mesure et démesure.

Une plaque dorée à l’écriture ronde, l’aile d’un hôtel particulier tout en boiseries et hauts plafonds. Entrer chez Elissa France, rue de Nièvre, c’est glisser dans un autre monde, presque proustien, peuplé de mannequins soyeux, parfumé d’organza, de feutre et de taffetas, rehaussé de chapeaux à l’exubérance hippique.

Nul besoin d’enseigne, de flyers, de Facebook ni de site internet. L’adresse est connue des femmes en quête de vêtements et accessoires à leur mesure, pour des fêtes, mariages, week-ends aux courses, mais aussi prestance au quotidien des professions libérales. On y vient, souvent de loin, pour le savoir-faire du maître des lieux, Gilles Allier.

Silhouette haute et impeccable, démarche souple, poignée ferme, l’homme a gardé l’empreinte athlétique de ses années d’aviron et de rugby, qui tiennent à distance son état civil. « Je suis dans ma 70e année », dit son timbre voilé. Cinquante-six ans de travail n’ont pas élimé son appétit de création, intact, indompté. Avec Elissa de Smet, son alter ego belge basée à Gand, Gilles Allier perpétue depuis vingt-cinq ans une certaine idée de la mode : « La mode parisienne. Ce n’est pas Chanel, pas Dior, pas Balmain, mais c’est tout ça. Le point commun, c’est l’état d’esprit, la séduction. »

Plus spécialisé dans les « accessoires », chapeaux, sacs, étoles, chaussures, l’évident « ambassadeur de Nevers » a débarqué discrètement rue de Nièvre en 2010 : « Avant, j’étais en Belgique. Je voulais aller dans le centre de la France. Je connaissais Nevers grâce à la chapellerie Dominique, dont j’étais un des fournisseurs. »

L’énième étape d’un parcours professionnel incroyablement dense. Gilles Allier a grandi à Romans (Drôme), feue capitale de la chaussure, entre un père styliste sur formes et une mère patronnière couturière en haute couture. « J’ai toujours été fasciné par les matières premières, les tissus. Je m’arrêtais à l’usine de mon père en rentrant du collège, j’y passais mes vacances. J’ai appris avec mes parents, puis à l’école des métiers du cuir. À 17 ans, j’avais quatre CAP, à 19 ans le brevet de technicien. » Un an plus tard, il entre chez Charles Jourdan, l’antre de la chaussure de luxe : « On faisait toutes les collections de Dior, Saint-Laurent, Ungaro…

En parallèle, je m’intéressais aux approvisionnements. À 27 ans, j’étais responsable des achats. J’ai fait trois tours du monde par an, pendant quinze ans, pour trouver les meilleures matières premières. »

Il en part en 1988, avant le déclin, travaille en freelance. Chaussures de golf, prototype pour Look, gants de Formule 1, chapeaux pour François Mitterrand ou le roi du Maroc, négociations avec Lucas Film pour produire en France le mythique couvre-chef d’Indiana Jones (finalement fabriqué en Allemagne)… La vie de Gilles Allier est un roman entre deux mondes, doux-amer, qui dit l’agonie d’une industrie française, la perte d’une transmission, le massacre de l’apprentissage. Mais aussi un atlas des étoffes et des matières, de leur chimie et de leurs alliances, une liberté de créer sans cesse remise sur le métier : « J’ai toujours plaisir à travailler. Ma mère a arrêté de coudre un an et demi avant la fin de sa vie, à 88 ans. » Il semble bâti sur le même patron.

Sébastien Chabard